
Pour les 10 ans de sa Journée de la Beauté, le CEW France a réuni Leïla Rochet (Fondatrice de Cosmetics Inspiration & Creation) et Rémy Oudghiri (Sociologue et Directeur Général de Sociovision, groupe IFOP). Les deux experts ont identifié quatre chocs sociétaux qui vont structurer les prochaines années… et leurs implications pour l’industrie cosmétique.
Une partie des données présentées provient de Visions, l’étude internationale menée chaque année par Sociovision.
La recomposition démographique du monde
Premier basculement, la dénatalité. En France, le solde naturel est devenu négatif l’an dernier. Et le phénomène n’est pas près de s’inverser : 35 % des jeunes Français de 18 à 30 ans imaginent leur vie sans enfant. Ils sont 66 % en Chine. Conséquence, le vieillissement s’accélère. Entre 2026 et 2050, la part des plus de 60 ans dans la population mondiale passera de 13 % à 22 %.
“On est face à une génération de femmes matures qui s’affranchissent des standards du passé. C’est une véritable opportunité pour l’innovation”, observe Leïla Rochet.
L’hyper accélération technologique
Deuxième secousse, l’intelligence artificielle. En un an, son usage dans la vie personnelle a bondi partout. De 50 % à 60 % en France, de 70 % à 84 % en Chine.
56 % des Français trouvent désormais normal qu’une entreprise utilise l’IA pour communiquer avec ses clients.
Côté beauté, Leïla Rochet voit émerger un futur “surhumain”. Routines, interventions esthétiques, bien-être et longévité fusionnent dans une même quête d’optimisation. Surtout, le produit ne peut plus exister seul. Il s’intègre dans un écosystème technologique.
La société sous tension
La violence apparaît comme étant la troisième rupture. 51 % des Français estiment qu’il faudrait un pouvoir fort pour que les choses aillent mieux, quitte à restreindre la démocratie. “Si vous êtes authentiquement démocrate, ce chiffre ne peut que vous effrayer”, commente Rémy Oudghiri. La violence gagne aussi le quotidien. 34 % des Français se disent prêts à y avoir recours pour se défendre.
Face à cette brutalité ambiante, la beauté prend un rôle de régulateur émotionnel. “Elle devient une sorte de sanctuaire”, analyse Leïla Rochet. Le secteur investit le calme et la récupération.
Le retour aux valeurs essentielles
Dernier tournant, l’éclipse de l’avenir. 79 % des Français considèrent que demain, on ira plus mal. “Puisque l’avenir ne procure plus de réponses, on va les chercher dans le passé”, analyse Rémy Oudghiri. 59 % des Français préfèrent revenir à certaines valeurs et traditions plutôt que d’en adopter de nouvelles. Et c’est la génération Z qui porte ce mouvement.
En beauté, ce besoin de repères passe par la main de l’humain. 54 % de la génération Z préfère que l’IA n’intervienne pas dans le travail créatif. “L’humain redevient l’autorité. L’artisanat devient un capital culturel et la transmission une valeur clé”, Leïla Rochet.
La cosmétique est devenue bien plus qu’un produit. C’est un système d’adaptation au monde contemporain. “Demain, les marques seront moins jugées sur leurs produits que sur leur capacité à créer du sens, de l’émotion et une véritable empreinte culturelle”, conclut l’experte.












